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Xyntia [1]:

Ça ressemble à une marque de voiture Citroën, mais c'est le nom qui a été donné à cette tempête qui a sévi sur le sud de la France dans la nuit du 27 au 28 février 2010. Du point de vue météorologique, la tempête Xynthia était un cyclone extratropical. Les journaux télévisés ont relaté principalement les dégâts de Vendée ignorant presque complètement les Pyrénées. Dans les Pyrénées, il n'y a eu qu'une victime à Luchon, mais beaucoup de dégâts.

Je me rappellerai longtemps ce que j'ai vécu à Guzet, station de ski en Ariège, où je possède un chalet depuis 1970.

 

Le vent se mit à souffler assez fort vers 17 heures. La première rafale fut fatale au carreau de la chambre sud du deuxième étage. Que s'est-il passé : le volet dont l'arrêt s'était arraché s'est rabattu violemment et cassé la vitre. La poignée qui permettait de tirer le volet avait sans doute un jeu trop faible et a dû buter sur le carreau. La partie haute du carreau est intacte, je complète par une plaque mince de contreplaqué et j'assure tant bien que mal l'étanchéité par du scotch double-face.

Nous attendions nos amis Valérie, Hervé et leurs deux enfants Lucile et Lambert et j'étais un peu inquiet. Dans la montée sur Guzet, la probabilité de voir un sapin s'abattre sur la route était grande. Il valait mieux arriver avant la tempête annoncée. Ils sont là vers 18 heures alors que les rafales deviennent plus fortes et plus fréquentes. Dès son arrivée, Hervé me suggère de déplacer ma voiture dans une zone sans sapin, ce que je fais sans tarder. Vers 20 heures, Hervé doit retourner à la voiture pour un paquet qui a été oublié. Il me signale alors qu'une partie du profilé en zinc de bordure du toit s'est détachée et bat au rythme des rafales. J'ai juste le temps de constater de quoi il en retourne quand une rafale très forte s'abat et je dois mon salut au poteau nouvellement installé auquel je m'accroche. 

Vers 21 heures, l'effet du vent dans le chalet se fait sentir. En particulier, à chaque rafale, un sifflement intense se fait entendre au niveau de la porte fenêtre du premier étage. Je tente de colmater la fuite avec du double-face qui décidément est bien utile. Le résultat n'est pas parfait, mais améliore sensiblement la situation. Les enfants manifestent leur inquiétude et posent des questions. Il est bien difficile de les rassurer. Nous montons alors les coucher. Ils n'acceptent pas de coucher seuls et chaque parent couchera avec un des enfants. Il faut dire que le chalet vibre fortement à chaque rafale et pour ceux qui subissent cela pour la première fois c'est très angoissant. En ce qui me concerne, je ne suis pas totalement rassuré. Et si cette tempête était plus forte que les précédentes ? Le début de nuit est donc très agité et il nous sera difficile de trouver le sommeil. Je tente la solution « boules Quiès », elles diminuent le bruit, mais ne peuvent calmer l'angoisse. Progressivement, la tempête a dû se calmer, car j'ai quand même réussi à m'endormir. Vers 2 heures du matin, je me réveille, et c'est le silence. J'attends une prochaine rafale pendant plusieurs minutes, elle ne vient pas. J'ai du mal à y croire, et pourtant c'est bien fini, j'entends juste le bruissement du vent dans les sapins.

Le matin, dès mon réveil, j'imagine les dégâts sur le chalet et je suis impatient de les voir. Pourtant, j'attendrai que le chalet et ses occupants s'agitent pour me lever et voir les dommages, à savoir :

- La vitre de la chambre du haut côté sud s'est brisée : avec la violence du vent le volet (non attaché) s'est rabattu violemment et la poignée à cogné sur la vitre qui n'en demandait pas tant.

- Une rambarde de la terrasse est brisée, car le poteau qui la soutenait a été arraché. 

- Le profilé de bordure du toit mentionné ci-dessus s'est arraché sur un mètre cinquante, seule une partie est restée accrochée au profilé du dessous. La photographie de cette pièce donne une idée de la violence du vent.

 

 

Les dégâts sur notre chalet sont donc minimes et ont été réparés dans la quinzaine suivante. Mais qu'en est-il sur le reste de la station ? Le spectacle est effarant. De nombreux sapins sont arrachés ou décapités. Par chance, les arbres sont tombés entre les chalets à l'exception d'un seul qui, déraciné, s'est appuyé sur le chalet sans lui faire beaucoup de mal : le chéneau a été arraché et le balcon légèrement abîmé. Le déracinement a dû se faire progressivement et lorsque le sapin a été en contact avec le balcon la prise au vent était moindre et a protégé le chalet.

 

 

 

 

 

Le plus impressionnant était le sapin près du poste de gendarmerie. D'un diamètre à la base de 1M20, il a été déraciné et est tombé à moins d'un mètre de l'arrivée du téléski du Souleillous. Tronçonné et rassemblé dès le lendemain, ce sapin est resté longtemps à la vue des skieurs et des visiteurs.

 

Le plus gros dégât était un peu plus bas : une grue s'est renversée heureusement du côté opposé aux immeubles et la photo ci-dessous n'a pas besoin de commentaires. Pour la petite histoire, il faut savoir que cette grue était dressée pour la construction d'un immeuble arrêtée depuis un an à cause de la crise. Le chantier était abandonné et l'accès n'était pas sécurisé. N'importe qui pouvait pénétrer, des planches, du matériel de coffrage, des objets divers se sont envolés sur l'espace luge, la piste de ski et le parking en contrebas. Beaucoup de voitures ont ainsi été endommagées. Les jours suivants, on pouvait voir de nombreux véhicules avec les parties vitrées obturées par des plastiques plus ou moins biens bricolés. Une deuxième grue identique, abandonnée dans les mêmes conditions que la première, a bien résisté, mais son démontage a été immédiatement programmé.

 

 

Une partie de la toiture de la résidence du Haut-Couserans s’est envolée. En haut de la station, plusieurs chalets ont subi le même sort dont celui de mon voisin qui  a aussi perdu une partie de la bordure du toit.

 

 

Le chalet de l’École du Ski Français à Guzet 1400 a été complètement détruit.

 

 

Citons les autres dégradations : Une partie plus ou moins grande du toit de nombreux chalets a été emportée, le bardage de l'immeuble au-dessus de l'épicerie du Prat Mataou a été arraché et la laine de verre envolée, les vitres de la gare du télésiège du Muscadet ont volé en éclats, un canon à neige du type basse pression s'est couché au sol, beaucoup d'antennes et de paraboles ont été arrachées, les panneaux indicateurs de la circulation se sont tordus et ont parfois été cisaillés à la base et enfin, les conteneurs de tri des verres et des bouteilles plastiques ont été renversés. 

La station de ski est restée fermée le lendemain dimanche 28 février pour vérifications de sécurité et remise en état des pistes. Toutes les installations ont été validées pour le lendemain, sauf le télésiège du Freychet qui a déraillé au niveau de l'avant-dernier pylône et qui restera hors service jusqu'à la fin de la saison.

Dernière précision, la vitesse du vent a été de 140 à 150 km/h au niveau des chalets et 200 km/h sur les sommets. Pour mémoire, la vitesse du vent au Pic du Midi (altitude : 2877 mètres) a été enregistrée à 238 km/h.

Pendant que j'écrivais ces lignes, Jean Ferrat (de son vrai nom Jean Tenenbaum) rendait son dernier souffle. J'ai une pensée pour lui et je pense qu'il avait raison lorsqu'il chantait : "Que la montagne est belle"... (quand la tempête s'est calmée).

[1] Pas de confusion possible avec la philosophe Cynthia Fleury qui a écrit de nombreux livres et qui assure régulièrement une chronique philo sur l'Humanité.

 

 

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