Petite histoire de la vicomté de Lautrec

De sa création à sa disparition

 

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Prologue

Lautrec est un village classé parmi les plus beaux villages de France. Favorisé par son site à cause du monticule rocheux qui le surplombe et entouré de fortifications, il fut pendant la période médiévale un lieu de résistance et de refuge.

Je suis né à Lautrec et cela était suffisant pour écrire un petit essai sur mon village. Mais récemment (en 2008), j’ai fait ma généalogie et j'ai trouvé que de nombreux vicomtes de Lautrec (en totalité ou en partie) étaient mes ancêtres, à savoir  :

– Tous les ascendants de Sicard V.

– Pierre III, Pierre II, Pierre I, Guy et Isarn IV de la maison de Toulouse-Lautrec.

– Hugues III d'ARPAJON.

Pour plus de détail cliquez sur : "ASCENDANCE"

Cela m’a donné une motivation supplémentaire et m’a orienté vers cette petite histoire de la vicomté de Lautrec.

J’ai alors cherché de la documentation pour écrire avec le plus d’exactitude cette «  petite histoire  ». Je suis allé de surprise en surprise.

Dans la bibliographie qui est donnée les informations qui ne sont pas toujours précises ni claires et la chronologie n’est pas évidente, il faut donc glaner ici et là celles qui concernent la vicomté de Lautrec et faire des recoupements. Parfois même, plusieurs possibilités sont envisageables, j’aurais pu les donner toutes, mais le plus souvent pour ne pas alourdir, j’ai choisi celle qui me paraissait avoir les meilleurs arguments. J'ai surtout essayé de rendre le récit plus accessible à tous en le résumant et en respectant la chronologie.

 

Quatrième de couverture :

 La cité médiévale de Lautrec, qui compta jusqu'à 4500 habitants, doit sa renommée aux vicomtes qui en firent une place forte de l’Albigeois. Elle est aujourd'hui classée parmi les plus beaux villages de France.

Au début de la vicomté, les successions se passent de père en fils sans la moindre anicroche. Avec Bertrand Ier et Sicard VI, on assiste à une première division de la vicomté. Mais avec Sicard VI, c’est un éclatement considérable auquel on assiste. Alors, parmi les vicomtes indivis de Lautrec, on trouve des pères, des oncles et des enfants, garçons et filles, avec sept rois de France, des comtes de Foix, des représentants des maisons «  de Toulouse-Lautrec  » (ancêtres du peintre), «  de Montfa  », «  de Voisins  », «  d’Ambres  » et «  d’Arpajon  ». Mais ces deux dernières maisons se retrouvent sans héritier mâle et au milieu du XVIIIe siècle Philippe de Noailles, père et fils, se retrouvent vicomtes de Lautrec. Pas pour longtemps, car la révolution va emporter la vicomté de Lautrec et Philippe de Noailles père, presque octogénaire, et trois membres de sa famille dont sa femme vont périr sur l’échafaud.

Pas facile de trouver le «  quand  », le «  pourquoi  » et le «  comment  » de toutes ces successions des vicomtes de Lautrec. Je vous propose qu’on le fasse ensemble.

L'implication de la vicomté lors de la croisade contre les Albigeois, la guerre de Cent Ans et les guerres de religion sera aussi un moment fort de ce récit.

 

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La monographie de la commune de Lautrec par Élie-A. Rossignol de 1883 est un document intéressant dont je me suis largement inspiré dans cet article. Cependant, j'ai voulu le rendre plus accessible en le résumant et en respectant la chronologie des faits.

La cité médiévale de Lautrec, qui compta jusqu'à 4500 habitants, porte le nom universellement connu d'un des plus grands peintres de la vie parisienne. Ce n'est pas un hasard. Henri de Toulouse-Lautrec, dont la lignée remonte au dixième siècle, est un descendant des vicomtes de Lautrec qui firent de cette ville la capitale d'une vicomté. Mais ce qui est surprenant, c'est que je partage avec le peintre ces mêmes vicomtes. Ainsi, Frotard III, vicomte de Lautrec, et ses ascendants sont nos ancêtres communs : pour plus de précisions cliquez sur "ASCENDANCE"

Le lieu de Lautrec aurait été occupé, selon le géographe Samson d'Abbeville par une tribu celtique, les Cambolectri atlantici, et puis par les Romains qui y auraient bâti une ville et élevé un temple à Cérès Éleusine[1]. Il existait au milieu du septième siècle, et saint Didier, évêque de Cahors[2], qui en était seigneur, le donna, avec la plus grande partie, de ses biens en Albigeois, à son église cathédrale en 654. Plus tard, Charlemagne se serait arrêté à Lautrec et y aurait jeté les fondements de l'église Saint-Rémy.

Les débuts de la vicomté de Lautrec.

Bernard était vicomte d'Albigeois depuis 918. Il partagea ses États entre ses fils Aton et Sicard. Au premier, il donna la partie septentrionale sous le nom de vicomté d'Albi ou d'Ambialet. Le second reçut la partie méridionale entre les rivières Dadou et Agout, elle fut désignée sous le nom de vicomté de Lautrec.

Succession héréditaire des vicomtes

Pendant des décennies, les vicomtes de Lautrec se succèdent de façon héréditaire. Le fils (aîné bien que cela ne soit pas précisé dans les documents) succède au père. Vu la mortalité à cette époque, il peut y avoir plusieurs fils qui prennent la succession. 

On trouve :

- Sicard Ier (né en 910 décédé en 972) est le fils de Bernard cité ci-dessus.

- Isarn Ier (né en 940 décédé en 989) est le fils du précédent et de sa femme Rangarde. Son père, d'une deuxième femme Ermentrude, avait un autre fils Frotaire qui devint évêque de Cahors.   

- Sicard II [3](né en 980 décédé en 1039) fils du précédent et de sa femme Avierne.

- Isarn II (né en 1020 décédé en 1072) est le fils du précédent et de sa femme Guisle. 

- Sicard III (né en 1050, décédé en 1073) est le fils du précédent et de sa femme Guisle. 

- Isarn III (né en 1075, décédé en 1138) fils du précédent. 

- Sicard IV (né en 1100) est le fils du précédent et de Guillemette. Il offrit (?), en 1159, un de ses fils, Raymond, pour religieux à l’abbaye de Saint-Pons et légua deux domaines à l’abbaye de Candeil. 

Les vicomtes de Lautrec et la croisade albigeoise.

- Sicard V (né en 1140, décédé en 1196) est le fils du précédent et d'Azalaïs de Forcalquier. Il assista en 1165 au concile de Lombers contre les Albigeois. (lire l'article sur la croisade albigeoise en cliquant sur RAYMOND VI . Il épousa Alix, fille de Trencavel, vicomte de Béziers et fut un des notables du pays qui assistèrent, en 1190, à la rédaction des articles de la paix entre Roger et le comte de Toulouse Raymond V. Cet accord donna naissance au droit de pesade, perçu en Albigeois depuis cette époque jusqu'en 1789. 

- Frotard III (mort en 1219) est le fils du précédent. Il n'eut pas de descendance[4] et sa soeur Alix, son héritière, épousa Baudouin le frère de Raymond VI. Baudouin avait embrassé le parti de Simon de Montfort et eut un destin tragique lors de la croisade albigeoise. Son propre frère l’aurait condamné à mort, « pour venger le roi d’Aragon » a écrit Guillaume de Puylaurens. Alix de Lautrec et Baudouin eurent deux fils, Sicard et Bertrand, vicomtes de Lautrec par indivis.

- Sicard VI et Bertrand Ier. En 1219, un vicomte assista au côté des croisés commandés par Amaury de Montfort (le fils de Simon) à la bataille de Baziège. Il n’avait pas choisi le bon camp, car ce fut une débâcle décrite en ces termes dans la chanson de la croisade : « il y eut là tant de Français (croisés) tués et dépecés que le sol et la berge en sont jonchés et rougis ». Pourtant, Sicard et Bertrand se rapprochèrent de leur cousin le comte de Toulouse Raymond VII en 1227 et Bertrand l'accompagna en 1230 au siège de Marseille.

Éclatement de la vicomté

Sicard VI mourut en 1235. Il eut six fils, mais en 1270, les autres étant morts, seuls Isarn, Bertrand et Amalric [5] se partageront sa succession. L'autre moitié de la vicomté de Lautrec restait à leur oncle Frotard III qui mourut en 1258 en Palestine. Frotard avait tué le fils d'Ermengarde de Paulin « à cause d’une terre qu’il disait être tombée en commis en sa faveur pour cause d’hérésie ”. Il fut gracié par Louis IX après versement de 200 livres et à condition qu'il se rende en terre sainte. Son fils unique Sicard VII devint vicomte de Lautrec pour la moitié et ses deux filles devinrent abbesses de Vielmur. En 1273, il accorda des libertés et franchises aux habitants de Lautrec. En 1287, à l'âge de 40 ans, Sicard émancipa son fils Bertrand et lui donna la moitié de la vicomté qu'il possédait, dont il garda l'usufruit.

En 1257, les vicomtes avaient autorisé l'établissement en communauté des habitants de Lautrec. Sicard VII, en 1273, confirma cet établissement autorisant les habitants à créer chaque année des consuls et des conseillers.

Bertrand III, les derniers rois capétiens et les premiers Valois

En 1306, quatre ans après la mort de son père Sicard VII, Bertrand III échangea sa moitié de vicomté avec le roi de France Philippe IV le Bel contre la vicomté de Caraman. Le roi fit aussitôt prêter serment de fidélité à tous les habitants nobles ou non de la vicomté de Lautrec. Les commissaires du roi contestèrent le droit de municipalité et ne le reconnurent qu'en 1327, moyennant le don d'une somme de 3000 livres. En 1328, le consulat est régi par six consuls annuels, trois de la ville et trois des autres lieux. Les rois de France successifs conservèrent longtemps la vicomté de Lautrec. Charles IV le Bel était encore en possession de la moitié de la vicomté puisqu'on signale qu'il accorda, sur les revenus de Lautrec, 70 livres de rente viagère à Pierre-Raymond de Rabastens. En 1328, les commissaires du roi évaluèrent le produit des bans de la ville et de la vicomté et l’on trouve ce qui suit : « Les murs et les portes de la ville appartenaient à la communauté ; les portes étaient au nombre de huit (les portes de Laure, du Taur, du Mail, de la Caussade, du Mercadial, de Toulouse ou Porte-Neuve, du Théron et la Portanelle), et il y avait dans la ville, sur divers points, quinze chaînes de fer pour tendre en travers des rues quand il le fallait pour la défense publique ; le tout fut évalué à 978 livres et 5 sols ».

L'arrivée des comtes de Foix

Pour des raisons inconnues, le roi Philippe VI de Valois donna tous ses droits à Simon d'Arquois, sire d'Ergueri. Mais à la mort de ce dernier, le roi cassa cette donation et céda la vicomté à Gaston II, comte de Foix pour le prix de 28842 livres qu'il lui devait pour le solde de sa compagnie de gens d'armes. La cession est du 27 octobre 1383 et le 3 novembre le comte déclarait que le roi pourrait reprendre la vicomté s'il lui payait les 28842 livres. Gaston III fils unique et héritier n'eut pas d'enfants. N'étant pas en bon terme avec Mathieu de Foix son plus proche parent, Mathieu III fit le roi Charles VI le Fou son héritier en 1390. Après contestation, le roi rendit ses droits à Mathieu. L'affaire se corsa quand Mathieu mourut sans enfant. Le roi se saisit alors de ses domaines, car Archambaud de Grailly, le mari d'Isabelle de Foix, soeur unique et héritière, avait toujours tenu le parti des Anglais. Après leurs protestations de fidélité, le roi donna alors « mainlevée à leur profit de la saisie qu'il avait fait mettre sur les domaines du comte de Foix “.  Mais une autre protestation d'un autre genre apparut. Les habitants des fors (juridictions) du Lautrécois ne voulaient plus être sujets aux consuls de Lautrec. On leur donna satisfaction le 1er juin 1410. Ainsi les fors de Lautrec, L'Albarède, La Bessière, La Boulbène,  Brousse, Cabrilles, Carbes, Cuq, Fréjeville, Saint-Germier, Gibrondes, Saint-Julien-du-Puy, Le Laux, Mandoul, La Martinié, Montfa, Montpinier, Peyregoux, Provilhergues, Le Pujol, Puycalvel, Serviès, Trévouls, Le Vals et Vielmur furent érigés en communautés distinctes. C'était en quelque sorte la naissance des communes. Suit une période plus calme où les comtes de Foix gardent la vicomté de Lautrec. 

Jean de Grailly, comte de Foix  

En 1412, Jean de Grailly succède à Archambaud de Grailly. En 1419, Charles VI le nomma son gouverneur en Languedoc et en 1425 Charles VII le nomma général en chef de l'armée contre les Anglais. Jean de Grailly fut mis en possession par Arnaud de Marie, conseiller du roi, qui rassembla les gens des trois ordres (clergé, noblesse et tiers état) qui décidèrent, conjointement avec les officiers de justice, de reconnaître le comte de Foix pour vicomte de Lautrec. C’était le 6 février 1426. Le lendemain 7 février, la procureur du comte prit possession en fermant et ouvrant la porte du Mercadial.  À la fin de l’année 1426, le comte bataillait ailleurs, ce qui permit la prise de Lautrec par les Anglais commandés par André de Ribes, chef des routiers. Mais en avril 1427, le comte de Foix, à la tête de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse, était sous les murs de Lautrec. Mais la ville ne se rendit que moyennant une rançon de 7000 écus d’or.  

Pierre de Foix-Grailly, comte de Foix

À la mort de son père Jean en 1436, Pierre de Foix-Grailly lui succède. Il se signala dans la conquête de la Guyenne sur les Anglais et mourut de la peste en 1454. 

Les successions difficiles des comtes de Foix

Jean de Foix, fils posthume de Pierre, hérite de ses biens, mais sous la tutelle d'abord de sa mère Catherine d'Astarac et après son décès, en septembre 1455, de son oncle Gaston de Foix. Jean de Foix, vicomte de Lautrec, fut nommé par les rois Charles VIII et Louis XII gouverneur du Dauphiné. Il laissa plusieurs enfants.

En 1528, après la mort de tous ses frères, Henri de Foix eut toute la succession de son père. Mais, mort sans enfant, Charles de Luxembourg, le second mari de sa soeur Claude de Foix réclama son héritage. Le parlement de Toulouse l'avait d'abord attribué à Henri de Navarre, le plus proche parent d'Henri de Foix, mais celui-ci l'abandonna à Charles. Celui-ci mourut bientôt et Antoine de Bourbon, alors roi de Navarre et mari de Jeanne d'Albret, fut reconnu vicomte de Lautrec. Antoine de Bourbon transmit la vicomté à son fil Henri qui devint roi de France.  

Les guerres de religion  

Pendant la durée des guerres de religion, Henry IV puis Louis XIII seront vicomte de Lautrec et interviendront essentiellement par leur armée.

Dès le début, Castres se déclare pour les protestants, mais Lautrec devient le bastion des catholiques. Les batailles entre les deux partis sont nombreuses. Citons entre autres : “ En septembre 1568, la garnison de Lautrec harcela sans relâche les protestants de Castres ”. “ Le vicomte de Paulin réunit ses troupes à celle du vicomte de Bruniquel et de Montclar et alla, le 27 novembre 1568, assiéger Lautrec ”. Mais il y a tout de même les trêves de labourage qui mettent en relation  les deux partis pour protéger le civil. Il y en aura une quinzaine, mais celle du 20 août 1590 est accordée à Lautrec, elle est établie entre les deux blocs antagonistes d'Albi, fidèle à la sainte Union, et Castres, le bastion protestant.  Parmi les trêves celle du 26 juin 1621 est restée célèbre par ses répercussions positives, mais aussi ses manquements : vol de bétail et pillage de fermes. Les communautés dont les consuls étaient commissaires de cette trêve étaient Lautrec, Labruguière et Boissezon pour les catholiques, Castres et Lacaune  pour les protestants. Mazamet et Puylaurens étaient aussi représentés par un commissaire. Par sa situation géographique, Boissezon et ses environs, sont particulièrement victimes de contraventions à la trêve , au contraire Lautrec est épargné. Sans doute pour ces mêmes raisons géographiques, Lautrec est souvent un refuge pour les catholiques du pays castrais. Après que la ville de Burlats soit tombée au pouvoir des protestants en juin 1559, les chanoines et leur chapitre sont transférés à Lautrec. Après être retournés à Burlats en 1573, la ville étant à nouveau prise par les protestants, il se sauvent à Castres. Mais cette dernière étant tombée en 1574 “ au pouvoir des religionnaires ” ils retournent à Lautrec, après que certains aient fait un court passage à Labruguière. En 1567, Guilhot de Ferrières reprend Castres aux catholiques et déclare l'évêque son prisonnier. Après versement d'une rançon, le prélat se réfugie à Lautrec ainsi qu'un grand nombre de catholiques. En août 1574, le sieur de Saint-Félix, gouverneur du diocèse, se retire  à Lautrec. En 1586, l’évêque de Castres et le chapitre de cette ville se retirent aussi à Lautrec où le chapitre de Burlats s’est déjà réfugié.  

Le règne d’Henry IV fut une période plus calme, mais les consuls de Lautrec mirent un certain temps à reconnaître Henry IV comme leur roi. Jusqu’au 30 septembre 1595, les actes des notaires sont datés du règne de Charles X, : “ par la grâce de Dieu roy de France auquel Dieu doinct longue vie en tout heur et victoire contre ses ennemis, amen ”.  

Mais, à la mort d'Henry IV, les factions mal éteintes se raniment.  Lorsque Louis XIII engage son armée vers le sud pour remettre au pas le bastion huguenot, le duc de Rohan, à plusieurs reprises, lève l’étendard de la révolte. Bis repetita, le clergé catholique, emmené par l'évêque Jean de Fossé, doit quitter Castres pour Lautrec. Un peu plus tard, pour répondre aux agissements du duc de Rohan, un arrêt du parlement du 30 mai 1622 et des lettres patentes du roi du 6 juin transfèrent à Lautrec la juridiction royale, la justice d’appeaux, les bureaux des fermes et les recettes royales de Castres. De nouveau, en avril 1628, à la suite d’une autre rébellion de Castres, la Cour transporte à Lautrec le siège des juges, les bureaux du domaine et le grenier à sel, avec injonction aux consuls et aux habitants de recevoir les officiers royaux et de leur fournir les logements nécessaires. 

Des faits sanglants ont été perpétrés par les deux partis. Je les passe  sous silence, car racontés par un des partis, ils sont de ce fait sujets à caution.

Marquis d'Ambres  

Déjà, lors de l’éclatement de la vicomté, vers 1255, on a vu plus haut qu’Amalric, seigneur d’Ambres avait le quart de la vicomté.

Dans son récit, Rossignol cite le marquis d’Ambres parfois sans plus de précision.

Chronologiquement, voici ce qu'il écrit :

-  " Plus tard, en 1642, le domaine du roi à Lautrec fut mis en vente ... le marquis d’Ambres, lieutenant du roi, en obtint, en 1643, l’adjudication pour le prix de 15750 livres etc ". Les nobles et les habitants de la vicomté firent obstacle à plusieurs reprises et " enfin, le 10 janvier 1675, le domaine de Lautrec lui fut inféodé ".

- " Hector-Louis de Gélas, marquis d’Ambres, vicomte de Lautrec acquit pour 11000 livres, l’office de gouverneur de Lautrec et prêta serment en cette qualité entre les mains du garde des sceaux, le 16 juin 1723 " . Le roi avait créé les offices de gouverneur dans les villes closes du royaume en 1696. Ces offices furent successivement supprimés en 1700, 1724, mais avaient été rétablis entre temps en 1722 et 1733.

et à la fin, Rossignol écrit : " Il a été déjà dit que le marquis d'Ambres, vicomte de Lautrec pour moitié [6], prit, au milieu du dix-septième siècle, en engagement du roi l'autre moitié, et ainsi l'entière vicomté que ses descendants conservèrent jusqu'en 1789 ".  

Difficile avec ces textes de suivre les marquis d'Ambres, vicomtes de Lautrec,  au cours du temps. 

Avec l'aide d'autres documents, en particulier le dictionnaire de la noblesse de France et un site Internet donnant les dynasties "de Gelas" et "de Voisins", je vais essayer d'éclaircir la situation.

Le premier cité par Rossignol est sans doute "Hector de Gelas de Voisins", né en 1591. Celui-ci commença à l'âge de 17 ans à porter les armes, et eut en qualité de capitaine des actions nombreuses et brillantes contre les protestants " lors des sièges de Montauban, Saint-Paul, Damiatte, Réalmont, Roqueferière et la Caune " et également lors " des combats de Lavaur, Viane, Peyrefegade, Calmont et Revel ". Son fils François, né en 1641, est comte de Gelas, marquis d'Ambres, vicomte de Lautrec et seigneur de Blagnac. Celui-ci eut aussi une carrière militaire brillante, citons ses titres de colonel d'un régiment de dragons, brigadier des armées du roi, il se distingua en 1706 au siège de Turin. Ses fils François, Louis-Hector et Daniel-François sont tous les trois cités comme vicomtes de Lautrec. Le deuxième est sans doute le marquis d'Ambres nommé " Hector-Louis " par Rossignol, il est aussi Marquis de Leberon, Sénéchal de Lauragais et Gouverneur de la Ville et Cité de Carcassonne. François et Daniel-François avaient le seul titre de vicomte de Lautrec, le premier pas très longtemps, car il mourut à l'âge de 23 ans. Pour le deuxième, signalons qu'il est l'auteur d'un ouvrage qui s'intitule :" Livre de mathématiques" Description physique de ce livre : "Papier. 94 feuillets. Nombreux plans de fortifications. 368 × 257 mm. Reliure veau fauve. " Ensuite, comme vicomte de Lautrec, il n'y a plus de descendants de la dynastie "de Gelas", mais on trouve Philippe de Noailles, né à Paris le 7 décembre 1715, de la dynastie "de Noailles". Il est le fils de Adrien-Maurice duc de Noailles. Philippe est donc  Vicomte de Lautrec, mais il est aussi Marquis d’Ambres, Marquis puis duc de Mouchy, Vicomte de Noailles,  Lieutenant pour le Roi en ses armées en province de Guyenne et pour finir Maréchal de France en 1775.  Dans un fond des archives nationales, (notice T à T50) dans la sous-série qui comprend " les papiers de Louis Philippe de Noailles, duc de Mouchy, maréchal de France, et d’Anne Claude Louise d’Arpajon, sa femme " , on trouve des titres de propriété dans ... " le Tarn (terres d’Ambres, Brens, Fiac, Lautrec et Giroussens)". On peut donc penser que la dynastie " de Gelas " n'avait pas les moyens de garder la vicomté de Lautrec ou bien n'avait pas de descendant et que la dynastie "de Noailles", très riche et très puissante, se l’est appropriée.

La tourmente révolutionnaire devait emporter la vicomté et la vie de ses derniers détenteurs. Effectivement, la vicomté disparut à l’issue de la séance des États Généraux du 4 août 1789. Un peu plus tard, le 27 juin 1794, Philippe de Noailles, presque octogénaire, et sa femme, Anne Claudine Louise d’Arpajon, périrent sur l’échafaud et leurs corps jetés dans la fosse commune du jardin de Picpus à Paris.  

Note : Sur le site de la généalogie de Caraman j'ai trouvé ce qui suit :

- Hugues de Caraman, vicomte de Rodès et de Lautrec, baron de Saissac et de Venes épouse vers 1441 Jeanne de Bonnay.

- Pierre de Caraman épouse Catherine d'Arpajon, fille de Guy d'Arpajon, vicomte de Lautrec (vers 1480)

Je n'ai pour le moment aucun commentaire sur ces deux "vicomtes de Lautrec" non cités par Rossignol.



[1] Cérès : Déesse romaine des moissons (Déméter chez les Grecs). Éleusine : surnom de Cérès à cause de Éleusis, ville de Grèce, où on célébrait des fêtes en l’honneur de Cérès.

[2] L’évêque de Cahors avait une supériorité (théorique) sur la vicomté. Plusieurs vicomtes remplirent envers l’évêque le devoir de vassalité : à genoux, mains jointes, ils jurèrent sur les saints évangiles de lui être fidèle. L’évêque agréant ce serment, promettait d’être bon seigneur et ami, et leur donnait le baiser féodal. Celle-ci fut contestée lorsque le roi devint vicomte pour une moitié.

[3] C’est sans doute à cette époque que les vicomtes commencèrent à faire fortifier la butte qui domine la ville. Les vicomtes y firent édifier leur château (castrum). On ne sait s’il fut détruit et quand ? À moins qu’il n’ait été abandonné aux sévices du temps!

[4] Une autre généalogie indique que Sicard VI et Bertrand Ier sont les fils de Frotard III, une autre ne mentionne pas Bertrand Ier, mais celle que j’ai retenu est la plus répandue.

[5] En 1255, Amalric reçut le château d’Ambres et devint seigneur du dit lieu. Il acquit une partie des droits de Bertrand son frère et eut ainsi le quart de la vicomté. À la demande de Philippe le Bel, Amalric participa, à la suite de Gaston, comte de Foix, à la guerre des Flandres.

[6] Je n'ai pas trouvé dans le récit de Rossignol quand et comment le Marquis d'Ambres prend possession de cette moitié.

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